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Alexandre Astier : « Les scénaristes n'ont pas les moyens de s'exprimer aujourd'hui »

Alexandre-astier.jpgIl y a quelques semaines, NewsTele est allé à la rencontre d'Alexandre Astier. Durant notre entretien, cet artiste multi-facettes revient notamment sur les différents projets de suite pour Kaamelott et nous fait part de sa vision sur la fiction française. Il reproche particulièrement aux diffuseurs de vouloir rechercher des fictions trop codifiées et formatées au lieu d'accorder une plus grande part de confiance aux scénaristes.

Il nous fait également partager ses coups de cœur en matière de séries TV et évoque ses projets dont une série en développement pour Canal+.

« Kaamelott est dans une impasse juridique »

 

Nicolas SVETCHINE (Svet Prod/Newstele) : Où en sont les projets de suite de « Kaamelott » ? Il y a quelques années vous évoquiez une trilogie au cinéma avant d'annoncer il y a quelques mois un éventuel retour de la série à la télévision pour une nouvelle saison ?
Alexandre ASTIER :
Actuellement, « Kaamelott » est dans une impasse juridique.
A l'époque, je partageais la production de la série mais aujourd'hui je ne veux plus la partager. Si j'ai encore dix ans qui m'attendent pour une trilogie cinéma et une nouvelle saison à la télévision,  je veux les rênes. Je les avais déjà beaucoup, mais là je les veux encore plus. Je veux toute la décision pour fabriquer et produire tout moi-même. Je produisais déjà, mais là je souhaite aussi la production exécutive.*

Pour le projet de suite à la télévision, il ne s'agira pas d'un format ultra-court mais plutôt d'épisodes d'une vingtaine de minutes. « Kaamelott résistance » racontera l'histoire de Royaume de logres en l'absence d'Arthur, disparu à la fin de la saison 6. Lancelot est au pouvoir et s'organise alors une résistance ou une collaboration de la part de certains. Ensuite arrivera la trilogie au cinéma qui est censée boucler l'histoire.

 

« Les Sopranos et The Wire sont des séries qui m'ont vraiment marqué » 

 

N.S : Faites-vous une différence entre cinéma et télévision depuis le prisme de votre métier ?
A.A
: Non, pas vraiment. Je la fait mais artistiquement uniquement. En tout cas, il n'y a pas de hiérarchie de prestige.
La plupart des choses que j'imagine sont pour la télévision parce que je veux que les gens restent longtemps avec des personnages. Je veux développer un personnage en plusieurs dizaines d'heures. J'ai envie qu'on me raconte quelqu'un à ses débuts. J'ai envie de voir ses nombreuses erreurs, ses multiples fausses pistes, ses innombrables fausses routes. J'aime voir un personnage à des moments  où il est très solide, à des moments où il est très fragile, et à d'autres moments encore où il fait des grosses conneries que je voudrais pas qu'il fasse alors qu'il me représente. Donc souvent je pense à la télé.

Les bonnes séries sont les choses qui m'ont le plus marqué dans ma vie. Des séries américaines comme « Les Sopranos» ou « The Wire » m'ont vraiment marqué. Le cinéma pour moi c'est lorsque j'ai une histoire, un one shot à raconter sans que je ne m'attarde dessus. Par contre j'ai envie que ça ait un certain prestige donc du coup il est indispensable qu'il y ait un niveau de détails.

Au cinéma, on a un peu plus le temps qu'à la télévision. Mais il n'y a pas de hiérarchie pour moi. Le cinéma n'est pas plus prestigieux que la télévision.

 

N.S : Quel film au cinéma vous a particulièrement marqué ?
A.A :
« Garde à vue » de Claude Miller est un film parfait pour moi. Une vraie perle.

 

N.S : Votre frère Simon Astier vous demande-t-il des conseils pour sa série Hero Corps, diffusée sur France 4 ?
A.A : Jamais. Il n'a absolument pas besoin de conseils. Et s'il avait besoin de conseils, ce ne serait pas de moi.

Je ne me considère pas comme quelqu'un qui puisse porter un regard sur son travail.
Je vois ce qu'il fait et j'y trouve un cousinage car on a été élevé à un certain type d'humour.

Il écrit pour ses acteurs. Je vois qu'il sait qui va jouer avant d'écrire, ça se sent. Chez lui, c'est très clair. Il m'impressionne souvent car il a dix ans de moins que moi et sait faire des choses que je ne maîtrisais pas à son age.

 

« Les scénaristes n'ont pas les moyens de s'exprimer aujourd'hui »

 

N.S : Quel regard portez-vous sur la fiction française à la télévision de nos jours ?
A.A :
D'une part, la fiction française à la télévision se doit d'aller encore plus vers des techniques modernes d'écriture avec notamment plus de perspicacité psychologique pour le développement des personnages.

D'autre part, les scénaristes n'ont pas les moyens de s'exprimer aujourd'hui.
Un scénariste, on ne lui « commande » rien. Les diffuseurs ont trop tendance à vouloir commander eux-mêmes les séries. Je considère qu'un scénariste n'est pas quelqu'un qui travaille « pour ».

La vérité d'une œuvre, qu'elle soit comédie ou pas, peu importe, elle naît comme quelque chose d’extrêmement fragile dans la tête d'un auteur. C'est souvent inexplicable, c'est dur de le formuler et de l'expliquer mais c'est à ça qu'il faut faire confiance.

 

N.S : Quels sont vos projets ?
A.A :
Je développe une série pour Canal+, « Vinzia » (une série sur l’intégration de la communauté italienne en France à travers les générations ; Alexandre Astier ayant lui-même des origines italiennes NDLR), qui est toujours en écriture et une série de science fiction à laquelle je tiens beaucoup mais je ne peux pas vous en dire plus pour le moment.

J'ai également beaucoup travaillé cette année sur un projet de long-métrage sur la bête du Gévaudan, notamment en me plongeant dans les archives départementales et en allant sur le terrain avec des historiens et ethnologues sur les animaux.

Et je suis toujours en tournée pour mon spectacle « Que ma joie demeure ».

 

* Nous avons joint un employé de CALT (société de production télévisuelle de la holding ROBIN&CO, qui détient des droits sur la série) qui nous confirme un climat tendu entre Alexandre Astier et Jean-Yves Robin (Producteur, PDG de ROBIN&CO).


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Crédit Photo :
SvetProd/Newstele

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